Les soeurs de la Visitation nous ouvrent leurs portes

Les soeurs de la Visitation nous ouvrent leurs portes


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« Un jour, une semaine, une éternité... »

 [1]

Dreux, Vouvant, puis la Roche-sur-Yon...

    Rue Abbé Pierre Arnaud, à la Roche-sur-Yon, non loin de l'ancien site de l'institution Richelieu. De longs murs de pierres, d'aspect assez lugubre, il faut bien le reconnaître, abritent pourtant une vie plus lumineuse que jamais. Des centaines de personne passent chaque jour devant ces bâtiments, cette chapelle et son clocher droit et sévère ; une majorité de gens qui n'imaginent pas, que quelque part, derrière, on prie pour eux. Ce monastère, porte pourtant déjà plusieurs décennies de vie religieuse cachée. Les visitandines n'y sont installées que depuis 12 ans, elles ont pris la suite de religieuses clarisses. 17 religieuses sont actuellement présentes dans les lieux, une autre sœur, très âgée, est partie habiter à la maison de retraite du diocèse au Landreau.

Monastère de Vouvant

    Cette fondation de la congrégation de la Visitation a pour origine la ville de Dreux, et l'année 1860. Pendant les bombardements de la deuxième guerre mondiale, les 25 sœurs durent partir du jour au lendemain. Arrivées à Niort, elles cherchèrent un endroit pour continuer leur fondation et atterrirent à Vouvant. Pensant ne pas rester, les religieuses décident de s'implanter dans l'Ouest, foyer de nombreuses vocations, à l'appel de l'évêque de Luçon de l'époque. Elles s'installent dans une grande bâtisse, à laquelle elles feront rajouter une chapelle, des ateliers, une ferme. Après 50 ans de présence en Sud Vendée, elles ont rejoint la Roche-sur-Yon. Une décision qui n'a pas été sans regret du côté de la population vouvantaise. Mais Mgr Garnier souhaite qu'elles occupent une place plus centrale dans le diocèse. En novembre 1997, les religieuses se sont ainsi choisi, un autre destin.

La vie au monastère

    Depuis plus de 10 ans dans le monastère yonnais, différents chantiers ont été menés, notamment la rénovation et la décoration de la chapelle, la recherche d'autres moyens de subsistance. Aujourd'hui, les sœurs vivent des pensions de retraite des sœurs les plus âgées, et de leur travail (travail de couture pour les ATC, les Aide au travail des Cloitres, la numérisation de photos anciennes pour les archives départementales, la fabrication d'ornements et d'habits liturgiques, la location d'aubes pour les professions de Foi, et d'un petit artisanat qu'elles exposent à l'entrée du monastère).

De gauche à droite : Soeurs Chantal-Marie, Marie-Pascale et Marie-Christine

    Le travail est une chose, il ne serait rien sans la prière, qui façonne complètement la journée des Visitandines. Elles sont là pour porter devant le Seigneur, ce qu'on leur confie : la vie des personnes, une journée de travail, les problèmes de famille, de santé...La mère supérieure en parle à la communauté, et les religieuses essayent d'y penser dans la journée, d'y prier durant les offices. Les religieuses nous le disent aisément, elles « offrent leur quotidien ». Une religieuse nous l'exprime ainsi « nous ne sommes pas là pour nous, mais pour d'autres qui attendent une aide spirituelle. On ne voit pas toujours les fruits, c'est de l'ordre de la communion des saints. ». Le soir, la supérieure peut parfois tenir informées les sœurs sur un événement qui s'est bien passé et qui a été confié à la communauté.

Isolées...oui, mais aussi très reliées au monde !

Si les visitandines vivent une communion de prière, elles vivent une communion par la rencontre : les gens viennent à l'accueil, demandent une sœur, viennent parler avec des choses lourdes à porter et reviennent. Des femmes peuvent également venir, seules, faire une halte spirituelle (une journée, voir une semaine entière).

Reliées au monde, les religieuses le sont certes, par la prière. Mais, les apparences sont là, elles vivent aussi cloitrées, isolées. La supérieure nous confie parfois que les jeunes visiteurs sont étonnés de constater que les religieuses ne regardent pas la télé, « comment pouvons-nous être dans une disposition intérieure de recueillement si nous sommes dispersées. C'est un choix... » ajoute-t-elle. Même constat pour le silence : « certaines personnes qui restent chez nous, sont apeurées par le fait de rester en silence ; puis au bout de deux jours, ayant goûté à cette vie différente, elles nous disent finalement c'est bien, on ne croyait pas que c'était possible, mais c'est possible » !

Témoignage de sœur Chantal-Marie, supérieure du

monastère pendant 9 ans (trois mandats).


« Les souvenirs de l'appel de Dieu sont précis. A quinze ans, suite à un film sur Fatima, j'ai entendu un appel : veux-tu être religieuse ? J'ai répondu : oui. Alors, tout a changé à l'intérieur de moi : j'avais envie de faire les choses que je n'aimais pas faire, j'avais besoin d'aller à l'Eucharistie chaque matin. Je l'ai laissé deviner à mon entourage, attristé au début par ma décision, malgré le côté pratiquant de ma famille. Je suis rentrée jeune à Vouvant, j'avais 18 ans. Je suis restée sans avoir eu envie de repartir. Tout s'est approfondi au monastère. Il y a eu des étapes, des passages, des « nuits » où l'on continue, où l'on tient même si il ne se passe rien. Ces moments-là sont presque nécessaires, car on veut continuer. Les retraites, les enseignements de personnes extérieures, elles, nous poussent en avant. On se focalise avec les années sur l'essentiel, sur une forme de sagesse, le reste passe...on voit également la société qui change, le tragique de la vie, sa durée courte....les petites choses pour nous ont moins d'importance, et on vise l'essentiel pour le porter dans la prière.
 

Certains groupes de jeunes ou d'adultes viennent nous voir. Je me revois parfois à travers certains jeunes, qui ont une soif ou une recherche spirituelle. On essaye de les aider dans l'accompagnement spirituel, certaines sœurs le font. Mes meilleurs moments à la Visitation ? Je pense à l'amitié ici ou avec d'autres sœurs rencontrées ailleurs, le partage spirituel entre membres de la communauté, la communion de personnes heureuses de vivre ensemble lors d'un jubilé ou d'une profession, pour moi c'est du bonheur !


Et la vie religieuse, d'un point de vue général, qu'est ce qu'elle peut dire au monde ? Cette vie du monde, elle ne suffit pas. Les yeux et le cœur s'arrêtent au matériel, à la jouissance immédiate, tout cela me parait bien vide à long terme. Notre vie religieuse est un peu une provocation de Dieu qui nous appelle à vivre notre vocation, pour dire au monde que la Vie n'est pas que ce que l'on en voit, il y a aussi ce que l'on ne voit pas....C'est assez formidable de se voir toutes différentes, de pouvoir vivre ensemble. Une communauté religieuse n'est pas un regroupement humain pour vivre ensemble, nous sommes d'abord toutes appelées par Dieu, la Foi et le Don sont mis ensemble, et le tout pour ne servir à rien mais pour servir quelqu'un. On est là gratuitement, on donne notre vie, qui elle-même nous a été donnée. »

*

Rythme de la journée d'une visitandine à la Roche-sur-Yon :

- 6h10 lever
- 6h45 l'Office des lectures (une lecture biblique et une lecture des Pères de l'Eglise, ainsi qu'un psaume chanté)
- 7h15 petit déjeuner et temps personnel
- 8h Office des Laudes - Eucharistie - ½ heure d'oraison personnelle
- 9h45 - 12h : Travail
- 12h : Repas en silence
- 13h30 : Office du milieu du jour
- 14h : Récréation, échange de nouvelles, intentions de prière
- 14h30 : Travail
- 16h30 : Goûter - lecture spirituelle
- 17h30 : Vêpres - 1 heure d'oraison
- 19h : Repas
- 20h30 : Récréation
- 21h : Fin de la journée
- 21h15 : Complies « Grand Silence » jusqu'à l'Office des Lectures du lendemain.


Le samedi : chapitre de la communauté : enseignement de la Supérieure, vie de la communauté, demande de pardon pour ce qui ne va pas dans la vie communautaire Le dimanche : Messe à 9h, visites de la famille et des amis des sœurs.

« Notre vie religieuse est un peu une provocation de Dieu qui nous appelle à vivre notre vocation, pour dire au monde que la Vie n'est pas que ce que l'on en voit, il y a aussi ce que l'on ne voit pas.... »

Témoignage de Sœur Francette Marie, 25 ans de profession religieuse,

supérieure jusqu'en 2012.



« Je suis entrée en octobre 1980 à Vouvant. Issue d'une famille modeste de la Chapelle-Hermier, j'ai eu la chance, après l'école publique, de continuer au lycée, puis en études supérieures grâce à une bourse. L'appel de Dieu vers la vie religieuse s'est d'abord opéré en moi par une crise de la Foi. A l'époque, je me préparais à devenir professeur de lettres, je pratiquais, j'allais à l'aumônerie des étudiants. J'ai eu l'impression que ça tombait comme ça ...sans vague, sans fracas. Je me suis dis, puisque je suis pareille à d'autres qui ne croient pas, pour moi Dieu n'existe pas, je crois à rien du tout. Après cette prise de conscience, j'ai arrêté du jour au lendemain d'aller à la messe. Curieusement, c'est bien à partir de ce moment là que je me suis posée la question de l'existence de Dieu et du sens de la Vie. J'ai été pendant 4 ans dans un désert, cherchant Dieu. Ça montait petit à petit en dedans de moi. De fait, je me suis mise à rencontrer, à questionner ceux qui vivaient pour lui. J'ai poussé la porte de plusieurs monastères, mais bien sûr sans désir d'y entrer, mais tout simplement pour que les moniales que je rencontrais me disent qui était Dieu. C'est comme cela que j'ai connu la Visitation à Vouvant. Après plusieurs visites, la supérieure de l'époque, Soeur Thérèse Marie, a compris que derrière mon chemin aride de foi, il y avait un appel de Dieu. Elle m'a invitée à rester plusieurs jours. Un jour, au moment où des perspectives de travail se dessinaient pour moi, elle m'a demandé de faire un choix ! Finalement, c'est comme cela que je suis rentrée, et je dis ironiquement aux gens qui viennent nous visiter que je suis entrée au monastère sans l'avoir voulu !

« Je ne me sens pas dépaysée avec les gens qui découvrent la Foi, qui en sont éloignés, et qui viennent nous voir. A l'écart, cloitrées, on pose question, les gens nous trouvent bizarres, un peu les extraterrestres de l'Eglise, même pour les catholiques eux-mêmes. La radicalité du choix d'être religieuse heurte....mais il faut heurter de manière positive, et non pas anachronique. Ce n'est pas facile d'être prophétiques, enfermées derrière nos murs. Il faut venir nous voir pour constater que nous sommes heureuses ! Vivre ensemble, que des femmes, sans se crêper le chignon, n'est-ce pas prophétique ? »

« La radicalité du choix d'être religieuse heurte....mais il faut heurter de manière positive, et non pas anachronique »

Sœur Marie Jeanne, sur le chemin de la vie religieuse


Dans la pièce des novices, une religieuse réalise des images avec des morceaux de cires de couleur. C'est sœur Marie Jeanne. Son voile blanc signifie que la religieuse n'a pas encore prononcé ses vœux définitifs. Postulante en mars 2005, puis novice en avril 2006, elle a fait sa première profession de vie religieuse en mai 2008. Sœur Marie Jeanne est donc professe temporaire et est à deux ans de ses vœux perpétuels. Pourtant, cette religieuse, à l'accent prononcé, n'a pas 20 ans comme elle le dit elle-même. Une riche histoire a finalement amené cette canadienne jusque dans l'ordre de la Visitation, et jusqu'au monastère de la Roche-sur-Yon.

Quand on lui demande son parcours, son cheminement, elle commence toute de suite par remercier le Seigneur. « Mes parents étaient catholiques mais ne pratiquaient pas. Je les remercie et je remercie beaucoup le Seigneur car je suis allée dans une école catholique. C'est là que j'ai découvert la foi. Et dès mon très jeune âge, j'ai baigné dans cette foi très forte. Dès l'âge de 9 ans, je voulais déjà être tout à Dieu, car j'avais compris pourquoi Jésus était venu, pourquoi il voulait sauver tous les hommes. Même à 16 ans, j'aimais le monde bien sûr, mais cherchais quand même un monastère qui puisse m'accueillir. Dans les années 70, ils étaient rares dans la partie anglaise du Canada. Les sœurs du Précieux Sang m'ont dit d'attendre. J'ai trouvé un emploi. J'ai travaillé par la suite avec des religieuses missionnaires, mais je ne trouvais pas encore ma voie, car seulement la vie monastique contemplative m'attirait. C'était aussi une époque de confusion pour la vie religieuse. Donc, j'ai attendu...J'ai enseigné la catéchèse, je suis devenue vierge consacrée, et enfin je me suis occupée d'un vieux prêtre qui avait 85 ans, un accompagnement 24h/24. J'ai pris soin de lui jusqu'au bout, lui trouvait cela fou et inimaginable...

Beaucoup de choses sont arrivées de manière surprenante dans ma vie. Un jour les sœurs du Précieux Sang m'ont donné une bourse pour continuer ma théologie aux Etats-Unis. La faculté en question était affiliée avec une université autrichienne. Sur le chemin, en Italie, le pays de mes ancêtres que je souhaitais connaître, j'ai rencontré un chartreux. A la confession, il m'a redit que j'étais appelée à la vie religieuse, et il m'a même précisé que c'était l'ordre de la Visitation, et plus spécialement en France. A l'âge que j'avais à l'époque, 55 ans, j'avais presque mis de côté ce projet là. Ce chartreux était lié par sa famille au monastère de la Roche-sur-Yon. Et c'est comme ça que je suis arrivée en Vendée ! »


Visite d'une famille

*

La spiritualité de Saint François de Sales chez les Visitandines.


Une spiritualité, qui se caractérise par un amour universel. Dans la vie religieuse, cet amour du Christ se révèle non pas sur des choses extérieures, mais plutôt sur un travail quotidien de vie intérieure. Pas d'austérité militante, mais plutôt une culture du détachement intérieur pour la visitandine ! En contrepoint de ce qui se vit chez certaines carmélites, clarisses ou franciscaines, les jeûnes sont moins longs et l'austérité vestimentaire, moins présente. Le chemin à la suite du Christ est moins marqué par des choses extérieures, mais va se traduire plutôt par un amour pur de Dieu, fait de douceur envers le prochain, et d'humilité envers le Créateur, le tout vécu dans l'ordinaire du quotidien. L'austérité de la Visitandine pourrait s'incarner par exemple dans le détachement de soi et l'obéissance, quand une religieuse n'a pas envie de suivre un des moments de la vie communautaire. En y participant elle s'unie davantage au Christ.

 

4ème centenaire de la naissance de l'Ordre de la Visitation en 2010 et 150ème anniversaire de la fondation du monastère (1860-2010)

- Un groupe de lecture de textes de St François de Sales et de Ste Jeanne de Chantal a été créé. Réunion tous les dimanches, entre 10h et 12h. Lecture, réactions, approfondissement de la spiritualité des fondateurs de la Visitation.
- 24 janvier : Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France viendra ouvrir l'année jubilaire en Vendée par différents enseignements.
- 3 au 8 mai : Pèlerinage à Annecy, préparé avec le service des pèlerinages du diocèse et la famille salésienne

Un reportage de Grégoire Moreau

 

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