Pourquoi les prêtres ne se marient-ils pas... ?

                                               par Mgr Jacques Gomart, vicaire général

 

« Vous ne regrettez pas de ne pas vous être marié, de ne pas avoir fondé de famille ? » La question est fréquemment posée lors de la rencontre d'un groupe d'enfants ou de jeunes confirmands. Et c'est heureux ! Car le célibat des prêtres, comme celui des consacrés, des religieux et des religieuses, comporte une dimension provocatrice, prophétique, qui interroge les modes de vie établis. L'actualité médiatique récente nous l'a de nouveau montré : il aura suffi que le futur secrétaire d'Etat du Saint-Siège précise avec raison qu'il ne s'agit pas là d'un dogme de foi, mais d'un choix ancien de l'Eglise latine, pour que journaux et émissions de radio s'emparent du sujet en le présentant comme l'annonce d'une prochaine révolution des mœurs au sein du clergé.

 

Un tel engouement a suscité chez moi des sentiments partagés : avec la joie de voir que l'on s'intéressait aux prêtres et à leur mode de vie « pour le Royaume », est apparue la déception de constater que l'on ne parlait du célibat sacerdotal que pour le remettre en cause, sans même chercher, la plupart du temps, à en comprendre le sens... Dommage ! Le célibat des prêtres est en effet souvent abordé dans la presse, mais presque toujours sous l'angle du scandale ou celui de la contestation de son bien-fondé, très rarement sous l'angle de sa signification. Sous-entendu : n'y a-t-il pas là une fuite, une névrose cachée, une peur ou une défiance de la sexualité ?

 

Contrastant avec l'idéal du couple, apparemment opposé au mariage, le célibat est aujourd'hui vécu par un nombre croissant de personnes, temporairement ou définitivement. Beaucoup ne l'ont pas choisi. Certaines en souffrent profondément. Alors pourquoi choisir librement de demeurer célibataire ? Au nom de l'Evangile ? Mais alors de quelle bonne nouvelle s'agit-il ?

 

L'intérêt de l'engouement médiatique pour cette question réside dans l'invitation qu'il nous lance à une meilleure compréhension. Oui, au fond, pourquoi le célibat des prêtres ?

 

Le célibat sacerdotal, que des baptisés choisissent librement en réponse à un appel du Christ et de son Eglise, ne saurait être compris sans percevoir son lien au choix du célibat accompli par Jésus lui-même. Et il ne prend tout son sens que dans la lumière de la foi en sa résurrection, source et promesse de la nôtre ! Voilà une réflexion à poursuivre... Suite au prochain numéro !

 

 

Quel est donc le sens du célibat des prêtres ?

Pour permettre aux enfants et aux jeunes qui m'interrogent sur ce sujet à leur façon, j'aime commencer la réponse par une autre question : Jésus a-t-il une épouse ? A la surprise, succèdent en général deux types de réponse spontanée : « ben non, il était célibataire ! » ou encore « oui, Marie-Madeleine ! ». Cette dernière permet de rappeler la nature hautement romanesque du Da Vinci Code de Dan Brown et le témoignage unanime des évangiles sur l'état de vie célibataire de Jésus, d'ailleurs surprenant pour l'époque et son contexte religieux[1]. A mon tour, je donne également une réponse : « oui, Jésus a une épouse, qu'il aime jusqu'à donner sa vie pour elle... »

 

Pour comprendre le choix ancien de l'Eglise latine d'appeler au sacerdoce ministériel des baptisés qui ont librement fait le choix du célibat, il nous faut en effet regarder le Christ et son propre choix de renoncer au mariage et à la fondation d'une famille de sang. Celui-ci manifeste son projet d'une vie livrée « pour la multitude », d'un amour ouvert et offert à tous, jusqu'au don de toute sa vie, corps, cœur et esprit, sur la croix : « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15,13)... Jésus est donc bien « l'Epoux » évoqué par Saint Jean, qui vient offrir à l'humanité la joie d'entrer dans l'alliance nouvelle et éternelle des noces messianiques. Et la portion de l'humanité qui répond « oui » à cet amour nuptial de Jésus, c'est... l'Eglise, « l'Epouse », telle que la décrit la finale du livre de l'Apocalypse[2].

 

Le sacrement de l'Ordre configure les prêtres « au Christ tête, pasteur et époux de l'Eglise »[3]. A la suite du Seigneur Jésus et dans le dynamisme de son Esprit, ils ne vivent donc pas un célibat de « préservation », mais un célibat de « don ». S'ils renoncent à prendre dans leurs bras une femme singulière pour l'épouser, c'est pour garder, à la façon de Jésus, les bras et le cœur ouverts à toute la communauté qui leur est confiée, à toute l'humanité vers laquelle ils sont envoyés.

 

Sans doute y a-t-il là une « folie » à vue humaine, qui appelle une vie fraternelle et amicale authentique, ainsi qu'une vie spirituelle fervente. Car la « sagesse » de ce choix ne peut s'accueillir finalement que dans un regard de foi : le « vide » d'épouse et d'enfants aux côtés du prêtre ne renvoie-t-il pas au vide du tombeau au matin de Pâques ? Avec la résurrection de Jésus et l'avènement du Royaume « au milieu de nous », le choix d'un amour et d'une fécondité d'ordre spirituel prennent en effet tout leur sens : n'est-ce pas le choix de l'homme de la parabole qui renonce à tout pour acquérir la perle de grande valeur ?[4]

 

[1] Cf notamment Mt 19,10-12

[2] Ap 21,2 ; 22,17

[3] Bienheureux Jean-Paul II, Pastores dabo vobis (1991)

[4] Mt 13,45-46

 

 

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