Homélie du cardinal Poupard pour le VIIe centenaire de l’Enclave des papes
lundi 26 juin 2017
elise
Le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical pour la Culture, nommé par le Pape François envoyé spécial pour les célébrations du VIIe centenaire de l’enclave des Papes à Avignon, était présent du 23 au 25 juin prochain. Retrouvez ci-dessous l’homélie prononcée par le cardinal Poupard pour le VIIe centenaire de l’Enclave des papes […]

Le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical pour la Culture, nommé par le Pape François envoyé spécial pour les célébrations du VIIe centenaire de l’enclave des Papes à Avignon, était présent du 23 au 25 juin prochain. Retrouvez ci-dessous l’homélie prononcée par le cardinal Poupard pour le VIIe centenaire de l’Enclave des papes :
Cher Monseigneur,

Chers Frères et Sœurs en Jésus-Christ,
C’est une joie pour moi de célébrer la fête de saint Jean-Baptiste en cette paroisse de l’Enclave des papes, comme envoyé spécial du pape François pour la célébration solennelle de ce VIIe centenaire. C’est vers lui que vont nos pensées au début de cette célébration eucharistique, avec vive gratitude pour cette délicate attention qui nous honore. Nous l’assurons de nos prières ferventes pour son ministère pétrinien, comme il me l’a expressément demandé en me donnant la mission de le représenter près de vous, en me recevant avant mon départ de Rome : de prier pour lui de tout cœur, pour le service de son grave ministère, avec un amour filial pour l’Église catholique, et pour le successeur du bienheureux Pierre, auquel le Seigneur lui-même a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».
Joie pour l’Angevin que je suis, de retrouver en Avignon l’allégresse des nuits de la saint Jean, où filles et garçons de mon village, nous dansions allègrement autour des feux de sarments de vigne qui nous lançaient leurs flammèches pétillantes. Saint populaire entre tous, le culte de saint Jean-Baptiste traverse les frontières entre les États et les barrières entre les cultures, d’Orient en Occident. Fils d’Élisabeth et de Zacharie, le prophète Jean, dit Le Baptiste, est l’envoyé de Dieu, le précurseur du Christ, la voix de celui qui crie dans le désert Rendez droit le chemin du Seigneur ! Martyr du cruel tétrarque Hérode aveuglé par sa passion coupable pour Hérodiade – la femme de son frère – et sa sensualité débridée, exaspérée par la danse lascive de sa fille. De son précurseur, Jésus déclare : « De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n’y en a pas ». Ni de patron plus recherché par les enfants des hommes. Nous trouvons sous son patronage les tailleurs, les pelletiers, les corroyeurs, les peaussiers (à cause de sa peau de chameau), les cardeurs de laine (à cause de son agneau), les oiseleurs, les prisonniers, les condamnés à mort, les couteliers et fourbisseurs (à cause de sa tête tranchée) et plus allègrement, enfin, les chantres et les musiciens à cause de l’hymne de sa fête.
De tout cœur nous t’invoquons : saint Jean-Baptiste, aide-nous, quoi qu’il en coûte, à avoir toujours comme toi le courage et la force de témoigner de notre foi au Christ, par toute notre vie de baptisés.
Joie, chers amis, de célébrer avec vous, au nom du pape François, l’émergence de l’Enclave des papes en Avignon, voici sept cents ans. À vrai dire, cette lointaine entrée dans l’histoire avait été précédée d’une longue préhistoire qui voit se succéder les Tricastins (peuple celto-ligure), les Grecs, et les fugaces Carthaginois, en prélude à la paix romaine dont vos ancêtres ont bénéficié pendant presque un millénaire. C’est de Rome également que vous vient la foi au Christ, et que surviennent ensuite les turbulences séculaires. Sous les coups de boutoirs répétés des invasions barbares, l’empire romain se disloque, les royaumes de Bourgogne et de Provence se constituent, et des seigneurs locaux émergent en cette zone de confins et de marges âprement disputés, ce qui favorise l’apparition durable d’enclaves, dont les limites évoluent au gré des fluctuations politiques. À Rome même, les ambitions antagonistes des grandes familles cardinalices s’entrechoquent au cours de conclaves interminables, dans un climat exécrable – que nous avons peine à imaginer aujourd’hui où, grâce à Dieu, la papauté n’exerce plus de pouvoir temporel et est dépourvue de moyens de pression financiers.
C’est ainsi qu’en 1305, les cardinaux se réunissent à Pérouse et, après 15 mois de vaines tractations – on croit rêver – finissent par s’entendre sur la personne d’un prélat en dehors de toute coterie, l’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got. Le nouveau pape prend le nom de Clément V et inaugure une papauté itinérante, avant de s’installer sur des terres dont il était le souverain, c’est le Comtat Venaissin. Et son successeur, le cardinal Jacques Duèse, devenu pape sous le nom de Jean XXII, va réunir au Comtat l’ancienne commanderie des Templiers de Richerenches, constituant ainsi, le 21 juin 1317, l’embryon de notre Enclave, voici donc exactement sept siècles. Et le même Jean XXII va agrandir singulièrement notre Enclave, en rachetant au Dauphin et autres co-seigneurs, leurs droits sur Valréas, par trois actes datés du 30 août et du 13 et 27 septembre 1317.
Les avatars des siècles suivants vous sont bien connus, dans un nouveau contexte géopolitique, marqué successivement par les guerres de religion, la tourmente révolutionnaire, la création du département de Vaucluse, et, de nos temps, la recréation de l’Enclave des papes, dont nous célébrons aujourd’hui avec joie l’extraordinaire pérennité.
Chers amis, en cette belle célébration liturgique où nous faisons mémoire du pape Jean XXII, je voudrais évoquer avec vous le saint pape Jean XXIII, le premier pape dont, tout jeune prêtre, j’ai eu le privilège d’être le collaborateur à la Secrétairerie d’État. Le savez-vous ? Ancien nonce apostolique du pape Pie XII en France, il avait voulu venir, dès le début de son pontificat, en notre église nationale de Saint-Louis-des-Français à Rome, pour la clôture de l’Année du centenaire des apparitions de la Vierge Marie, à Lourdes. Et, après avoir évoqué ces apparitions et en avoir dégagé le sens et la portée universelle, le saint pape Jean XXIII ajouta, sur le ton de la confidence qui lui était familier :
« Chers fils, nous aimons conclure cet entretien simple et bref en une circonstance si solennelle, destinée à marquer une date dans l’histoire de Saint-Louis-des-Français, par le rappel d’un souvenir qui, nous le pensons, ne vous déplaira pas.
Lors de la récente élection de notre personne aux graves responsabilités du souverain pontificat, le cardinal doyen du Sacré Collège, notre très cher frère Eugène Tisserant, illustre représentant et gloire insigne de la France chrétienne, nous demanda quel nom nous voulions prendre dans la succession des pontifes romains. Nous répondîmes : “Jean”, ajoutant quelques paroles pour donner le sens de ce choix.
Le nom de Jean, éminemment sacré et apostolique, nous unissait à la personne de Jésus, le divin fondateur et le chef de la Sainte Église. Mais il n’était pas étranger à notre pensée, il lui était même agréable de nous sentir unis à travers six siècles d’histoire, au dernier des nombreux pontifes de ce nom, Jean XXII, Jacques Duèse, de Cahors, évêque d’Avignon, qui gouverna dix-huit ans l’Église et mourut plus que nonagénaire en 1334.
Ce fut un grand pontife. Sa vie fut pleine de tribulations, mais riche d’œuvres et de mérites à tous égards, un vrai serviteur des serviteurs du Seigneur. Il eut entre autres l’honneur de canoniser saint Thomas d’Aquin. Surtout il était très dévot à Marie, c’est à lui que l’histoire attribue l’heureuse idée de faire réciter un Pater et un Ave au tintement de la cloche du soir ; à lui aussi la paternité du « privilège du samedi », si précieux et si cher à ceux qui portent le scapulaire du Mont Carmel… Nous voulons ajouter encore ceci : le pape Jean XXII accompagnait son nom de sa devise personnelle : Dominus mihi adjutor… Le Seigneur est mon secours… Rien n’est plus souhaitable pour nos humbles efforts, Ô Jésus, Tu mihi adjutor, comme vous invoquait notre lointain prédécesseur Jean, Ô Marie Immaculée, Tu fortitudo mea, amen, amen ».
Chers frères et sœurs, ainsi va de siècle en siècle l’histoire de l’Église, de Jean XXII en Avignon, à Jean XXIII à Rome, et à son actuel successeur François – qui m’a donné l’honneur et le bonheur d’être aujourd’hui au milieu de vous son envoyé spécial pour présider en son nom la célébration du VIIe centenaire de l’Enclave des papes en Avignon, et de vous convier à l’amour filial de l’Église et du Saint-Père, en assistant son ministère de la prière.
Les textes liturgiques de cette messe de la Nativité de saint Jean-Baptiste, à commencer par le Deutéronome, nous enseignent que l’amour auquel le Seigneur nous invite est avant tout réponse à son amour premier et gratuit, lui qui choisit les petits et les faibles pour réaliser son dessein d’amour. Le psaume est un hymne à la bonté du Seigneur et à sa miséricorde. Le Tout-Puissant est un Dieu qui aime et qui pardonne, bon, miséricordieux et plein d’amour : « Mon âme, bénis le Seigneur ! ». Et saint Jean l’évangéliste nous cesse de nous répéter, dans l’épître dont nous venons d’entendre la lecture : « Dieu est amour, il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Et si Dieu nous a aimés à ce point, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour est parfait en nous. Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ».
Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, nous livre le secret de cet amour : il est dans l’amour partagé entre le Père et le Fils, au sein de la Trinité d’amour dans l’Esprit, c’est l’amour qu’il est venu nous révéler à nous, les tout-petits qui peinons sous le fardeau, au quotidien de nos vies : “Je vous soulagerai, prenez mon joug sur vous, et recevez ma doctrine puisque je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes, mon joug est doux et mon fardeau léger”.
Nous recevons avec foi, espérance et amour ces confidences de Jésus. « Seigneur, nous te prions, et tout particulièrement, comme il me l’a demandé, pour le pape François, et pour son ministère primordial et fondamental, de successeur de Pierre. Nous te rendons grâces, Seigneur, en ce VIIe centenaire de l’Enclave des papes, Toi qui ne cesses de guider ton Église à travers les vicissitudes des temps, les incertitudes du présent et les lancinantes préoccupations d’un avenir incertain. Donne-nous, Seigneur, la grâce, donne au pape François la grâce que son ministère exigeant de service aimant de l’Église nous stimule et nous aide à t’aimer toujours davantage, à témoigner avec foi et avec courage, quoi qu’il nous en coûte, de ton amour de père pour tous les hommes, tes fils, qui sont nos frères, et en particulier pour les plus pauvres, les délaissés, les plus petits, ceux qui manquent d’amour et ont perdu l’espérance. Nous te le demandons, par l’intercession confiante de saint Jean le Baptiste : Donne-nous, Seigneur, la grâce de nous aimer les uns les autres comme tu nous as aimés. Amen.


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