Le cardinal Lustiger, une « destinée française »
vendredi 13 octobre 2017
Constance
Le 5 août 2007 disparaissait le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Dix ans après sa mort, le temps est venu pour les historiens de poser les fondements d’une approche scientifique de son action. C’est l’objet du colloque organisé au Collège des Bernardins jusqu’au 14 octobre. À cette occasion, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire […]

Le 5 août 2007 disparaissait le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Dix ans après sa mort, le temps est venu pour les historiens de poser les fondements d’une approche scientifique de son action. C’est l’objet du colloque organisé au Collège des Bernardins jusqu’au 14 octobre. À cette occasion, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire du diocèse de Paris, revient sur l’héritage laissé par le cardinal Lustiger.
M’inspirant de titres d’Irène Némirovsky[1] ou de Mona Ouzouf[2], j’aimerais dire que le cardinal Lustiger a incarné une « destinée française ».
Né à Paris de parents fraîchement immigrés, il a su assimiler grâce à l’école l’histoire et la culture françaises, toujours il s’est éprouvé français en sa chair. En lui, comme en beaucoup de Français de son temps issus de l’immigration, cette qualité ne représentait pas tant une identité dans laquelle se couler par mimétisme qu’une capacité formidable d’être un homme tenant sa place dans l’histoire universelle. Ses parents, juifs polonais nourris des idéaux et des idées socialistes du Bund, étaient arrivés en France sans aucune nostalgie à entretenir, tout tournés vers un avenir à s’approprier par le travail des mains et de la raison, par la dignité d’une vie droite et ouverte aux autres, par la détermination à contribuer, à leur échelle, au bien de la communauté humaine dans laquelle ils se trouvaient enfin accueillis en êtres humains tout simplement.
Sa lecture clandestine de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, a ouvert au jeune Jean-Marie Lustiger un chemin d’appropriation de l’histoire longue de sa famille. Par-delà la mémoire des époques de pogroms et des temps de pauvreté, il s’est découvert appartenir à un peuple chargé d’une mission particulière au profit de l’histoire commune des hommes. Cette découverte, loin de le conduire à se particulariser encore, a plutôt redoublé en lui ce que lui permettait sa qualité de Français : porter l’histoire universelle, mais alors non pas seulement à la mesure des projets que les hommes se donnent mais encore selon la responsabilité que Dieu confie à chaque homme en son œuvre de rédemption et de communion.
La persécution nazie des Juifs avec les complicités qu’elle a rencontrées dans la société française – et avec les refus et les résistances qu’elle a suscités- l’a atteint en sa chair la plus intime ; elle l’a obligé à tirer de lui un pardon consciemment consenti. Son appropriation si forte de la France, blessée en son cœur, a été revivifiée de l’intérieur par ce pardon.
Devenu prêtre, il a eu à célébrer la réconciliation offerte à l’humanité et à chacun des hommes par Dieu bafoué et rejeté, et il l’a fait forcément à partir de son expérience propre du pardon donné. Sa nomination comme évêque à Orléans, où il avait été baptisé et où il avait appris la déportation de sa mère, a cristallisé en lui encore l’énergie de ce pardon et en a fait un don singulier pour le bien de l’Église entière et de la société française en particulier. Il a pu en tirer une lucidité singulière devant les courants qui traversent les Français et une liberté intérieure étonnante pour les nommer sans haine et sans complaisance, appelant à reconnaître l’attraction du mal si souvent inaperçue et à recevoir la promesse d’une réconciliation toujours plus haute.
Au jeune Français qui n’avait pas beaucoup de questions à se poser sur lui-même que j’ai pu être, le cardinal Lustiger a rendu l’immense service de le mettre devant les arêtes du dessein de Dieu. Il occupait un lieu singulier pour regarder et comprendre l’histoire et la culture françaises et à partir de là pour développer une intelligence vraiment spirituelle de l’histoire de l’humanité et des cultures du monde. On peut prolonger ses intuitions pastorales, on peut les infléchir pour les adapter aux défis et aux possibilités d’époques nouvelles et donc différentes. Nul ne peut imiter sa position spirituelle singulière ; on peut en revanche en conserver la mémoire vivante, et on y a tout intérêt pour continuer à annoncer la bonne nouvelle du Christ Jésus comme une parole tranchante et pénétrante.
+ Mgr Eric de Moulins Beaufort, évêque auxiliaire de Paris
[1] Irène Némirovski, Suite française, Paris, Gallimard, 2006.
[2] Mona Ouzouf, Composition française, Paris, Gallimard, 2009.


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